Ce que veut dire « adaptatif »

Méthodologie

Les architectures de dialogue de Metamorfon sont qualifiées d’adaptatives, et l’application les présente sous le nom de stratégies adaptatives. Le mot pourrait laisser penser à un ajustement automatique d’un paramètre — un système qui détecterait, par exemple, qu’un débat tourne en rond et basculerait de lui-même vers un mode plus tranchant. Ce n’est pas ce que désigne l’adjectif. L’adaptation dont il est question ici n’est pas une fonctionnalité algorithmique ; c’est une pratique partagée entre l’utilisateur et les modèles.

Du côté des modèles, l’adaptation est en effet quasi automatique : chaque modèle ajuste sa contribution au mode de débat en cours. Un mode critique le pousse à exposer les failles de la position adverse, un mode constructif à chercher les articulations possibles, un mode équilibré à tenir les deux à la fois. Cette adaptation-là ne demande rien à l’utilisateur — elle se produit du seul fait du paramétrage du tour.

Du côté de l’utilisateur, en revanche, l’adaptation est tout sauf automatique. Elle exige une lecture active. À chaque tour, l’utilisateur observe ce que les modèles viennent de produire — où ils convergent, où ils résistent, ce qu’ils ont évité, ce qui demande à être éprouvé — et choisit le mode suivant en fonction de ce qu’il voit et de l’objectif qu’il poursuit pour cette session. Un débat qui s’enlise dans une querelle terminologique gagne à basculer en constructif pour forcer une articulation ; un débat qui converge trop vite gagne à passer en critique pour mettre la convergence à l’épreuve ; un débat qui produit beaucoup d’arguments mais peu de mouvement gagne à passer en réfutatif pour trancher. Aucune règle ne dicte ces choix ; ils relèvent du jugement de l’utilisateur sur l’état du débat et sur ce qu’il cherche à en obtenir.

C’est l’articulation de ces deux adaptations — celle des modèles, qui suit le mode, et celle de l’utilisateur, qui choisit le mode — qui produit la trajectoire d’une session. L’adjectif adaptatif nomme précisément cette articulation. Il ne désigne ni un automatisme caché, ni une intelligence du dispositif qui se passerait du pilotage humain. Il désigne au contraire la condition de possibilité de ce pilotage : un dispositif où chaque tour ouvre un choix, et où ce choix appartient à celui qui conduit la session.

C’est aussi pourquoi l’expérience d’utilisation de Metamorfon s’affine avec la pratique. Les premiers usages tâtonnent ; au fil des sessions, le geste devient plus juste — l’utilisateur reconnaît plus vite ce qui demande à basculer, anticipe ce qu’un mode produira sur l’état actuel du débat, compose des trajectoires qu’aucun choix isolé n’aurait pu construire. C’est dans ce geste accumulé, plus que dans aucune fonctionnalité prise isolément, que se loge le savoir-faire propre à l’usage de l’outil.