La température, en deux mots
Quand un modèle de langage génère un texte, il ne choisit pas son prochain mot de manière déterministe. Il évalue, à chaque pas, une distribution de probabilités sur les mots possibles, puis en pioche un. La température est le paramètre qui aplatit ou durcit cette distribution.
- À température basse (proche de 0), le modèle privilégie systématiquement les mots les plus probables. Il devient prévisible, rigoureux, peu enclin à improviser. C’est l’état d’esprit du juriste qui pèse chaque mot.
- À température haute (vers 1, parfois jusqu’à 2 selon les modèles), le modèle accepte des alternatives moins probables. Il devient plus exploratoire, plus créatif, mais aussi moins stable. C’est l’état d’esprit du brainstormer qui jette des idées avant de trier.
Il n’y a pas de « bonne » température dans l’absolu. Il y a une température adaptée à la tâche.
Pourquoi Metamorfon en fait un paramètre central
Metamorfon n’organise pas une conversation, mais une architecture épistémique : plusieurs modèles dialoguent, se contredisent, se complètent, et un modèle tiers en tire une analyse. Selon le moment du débat — et selon le rôle qu’on assigne à chaque étape —, on n’attend pas la même chose des modèles.
- Quand un modèle est en mode réfutatif, on veut qu’il déconstruise. Donc qu’il pèse, qu’il soit précis, qu’il évite la fuite en avant rhétorique. → Température basse.
- Quand un modèle est en mode convergent, on veut qu’il construise un terrain commun, qu’il propose des ponts conceptuels, qu’il prenne des libertés synthétiques. → Température haute.
- Pour une cartographie des désaccords, on veut une lecture chirurgicale, presque taxonomique. → Température basse.
- Pour un horizon prospectif, on veut que le modèle ose, projette, extrapole. → Température haute.
Cette logique — rigueur logique en bas, exploration créative en haut — sous-tend l’ensemble des valeurs par défaut de Metamorfon.
Deux familles de réglages, deux logiques
Metamorfon distingue clairement deux moments où la température entre en jeu, et leur applique des grilles différentes.
1. La température en mode de débat (dialogue entre modèles)
C’est la température utilisée par chacun des modèles débatteurs, ajustée en fonction du mode de débat actif (réfutatif, critique, équilibré, constructif, convergent). Elle change dynamiquement quand l’utilisateur change de mode entre deux tours, dans les stratégies adaptatives.
Voir le Tableau 1 ci-dessous pour les valeurs par défaut par modèle et par mode de débat.
2. La température en mode d’analyse (synthèses du modèle tiers)
C’est la température utilisée par le modèle qui produit l’analyse des échanges. Elle dépend du mode d’analyse choisi (méta-analyse, cartographie des tensions, évaluation argumentative, archéologie critique, horizon prospectif, etc.). La logique reste la même : plus l’analyse exige de rigueur descriptive, plus on baisse ; plus elle invite à projeter, plus on monte.
Voir le Tableau 2 ci-dessous pour les valeurs par défaut par mode d’analyse.
Pourquoi nos défauts ne sont pas les mêmes selon les modèles
Les valeurs présentées dans le tableau ne sont pas des chiffres ronds tombés du ciel. Elles tiennent compte de trois réalités propres à chaque fournisseur :
1. Les plages d’opération varient. Les modèles Mistral, par exemple, donnent leurs meilleurs résultats dans la plage 0.0–0.7. Au-delà, leurs sorties se dégradent rapidement. Sur OpenAI, Anthropic ou Google, la plage utile est plus large (0–1, voire au-delà). Les défauts Metamorfon respectent cette ergonomie : 0.68 en mode convergent pour Mistral Large ≈ 0.85 chez Claude ou GPT-4o, à effet subjectif équivalent.
2. Certains modèles refusent toute personnalisation. Deux modèles sont aujourd’hui en température verrouillée chez Metamorfon :
gemini-3-flash— Google recommande explicitement 1.0 sur tous les modes pour ce modèle. Tenter une autre valeur ne fait que du tort à la cohérence des sorties.gpt-5.5— En production, ce modèle renvoie une erreur HTTP 400 dès qu’on lui transmet une température personnalisée. Le défaut serveur (1.0) est la seule valeur acceptée.
Pour ces deux modèles, Metamorfon omet le paramètre dans ses appels API. Une éventuelle saisie manuelle dans l’interface sera ignorée (avec un avertissement dans les logs côté serveur). Ce n’est pas un caprice : c’est une contrainte fournisseur non négociable.
À noter : la famille GPT-5.x n’est pas homogène sur ce point. gpt-5.1 accepte parfaitement les températures personnalisées (testé en production à 0.40). On ne peut donc pas généraliser par préfixe.
3. Les défauts officiels des fournisseurs diffèrent. AI21 (Jamba) propose un défaut serveur de 0.4 sur une plage 0–2.0 ; OpenAI cible souvent 0.7 ; Mistral 0.7 également mais sur une plage plus étroite. Nos défauts par mode prennent ces conventions comme point de départ, puis les modulent.
Quand modifier la température par défaut ?
Les valeurs par défaut sont étalonnées pour couvrir la majorité des usages. Mais il y a au moins quatre cas où les ajuster vaut la peine.
1. Si vous travaillez sur un sujet sensible à la précision factuelle. Sur du juridique, du médical, ou un débat sur des données chiffrées, baisser la température de 0.05 à 0.10 dans tous les modes améliore généralement la stabilité des sorties. Vous perdez un peu de fluidité, vous gagnez beaucoup en traçabilité.
2. Si vos débats tournent en rond. Symptôme typique : après 3 ou 4 tours, les modèles reformulent sans avancer. Une légère hausse de la température en mode constructif et convergent (par exemple +0.05 à +0.10) peut suffire à débloquer. À l’inverse, si les sorties partent en tous sens, baissez.
3. Si vous testez la robustesse d’un argument. Mettez les modes critique et réfutatif au plancher (0.10–0.15) pour forcer une rigueur maximale. C’est inconfortable à lire mais redoutable analytiquement.
4. Si vous cherchez une analyse prospective vraiment exploratoire. Pour le mode prospective, monter la température d’analyse à 0.75 ou 0.80 (au lieu du défaut 0.65) ouvre des projections plus audacieuses. À utiliser sur des questions ouvertes, pas sur de la description.
Comment ajuster ces valeurs dans Metamorfon
Dans toute stratégie de Metamorfon proposant un mode adaptatif (dialogue alterné adaptatif, dialogue croisé adaptatif, trilogue croisé adaptatif), un bloc repliable « Configuration de la température » est disponible dans les paramètres avancés. Vous y trouverez :
- Une grille par modèle sélectionné, qui couvre les cinq modes de débat (réfutatif → convergent) — ainsi qu’une grille pour les modes d’analyse.
- La valeur par défaut indiquée sous chaque champ, pour ne jamais perdre le point de référence.
- Une plage de saisie de 0 à 2, par pas de 0.05.
Vos surcharges sont enregistrées dans les paramètres de la session et s’appliquent dynamiquement quand vous changez de mode de débat entre deux tours.
Si le modèle que vous configurez est l’un des deux modèles à température verrouillée (gemini-3-flash, gpt-5.5), votre saisie sera affichée mais ignorée à l’exécution. Ce n’est pas un bug : c’est le respect strict des contraintes du fournisseur.
Les valeurs par défaut
Tableau 1 — Températures par mode de débat
Tableau 2 — Températures par mode d’analyse/synthèse
(Valeurs par défaut — tous modèles sauf exceptions)
En résumé
La température n’est pas un curseur cosmétique : c’est un réglage épistémique. Il décide si un modèle aborde une question avec la prudence d’un archiviste ou la liberté d’un essayiste. Metamorfon a choisi d’aligner cette valeur sur l’intention du moment — le mode de débat ou le mode d’analyse — plutôt que sur une constante globale. Les défauts sont raisonnables pour 95 % des usages. Les 5 % restants, c’est à vous de les régler — et nous avons fait en sorte que ce soit lisible, traçable, et réversible.